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Islam


Paul Marty
L'Islam en Guinée : Fouta-Djallon

Editions Ernest Leroux. Paris. 1921. 588 pages


Chapitre Deux
Les Groupements Chadeliya

A la fin du dix-huitième siècle, le Fouta-Diallon est islamisé dans son ensemble et inféodé à la voie qadria, qu'apportèrent avec eux les chefs et les marabouts de la conquête. En effet le Hodh et le Macina, d'où ils étaient sortis, étaient depuis deux siècles sous l'obédience des Kounta Bekkaïa, du nord de la boucle, et ces Kounta se rattachaient par le Touat à l'Islam Qadriya de l'Afrique du Nord.

L'active propagande d'un marabout mystique et illuminé, qui en conserva le nom de Soufi, devait attirer au Chadelisme une bonne partie des Foula. Cette voie devient à la mode dans la première moitié du dix-neuvième siècle. La fulgurante épopée d'Al-Hadj Omar, installé à Dinguiraye sur la limite du Fouta, où les Foula purent le suivre attentivement, attira à son Tidianisme, dès son vivant, mais surtout au lendemain de sa mort, l'immense majorité des Foula.
A la fin du dix-neuvième siècle, au moment où les Français se consacrent définitivement à l'annexion du Fouta, les Foula sont dans leur ensemble Tidianiya Omarïa. Trois groupements seuls étant restés inféodés aux Chadelia des générations précédentes. On trouve ces trois groupements sadialiya (ou sadialiyanke), comme disent les Foula dans le Ndama (Koumbia), le Goumba (Kindia), le Labé (Diawia).

Quant aux Qadria, ils ont à peu près disparu de la collectivité foula.
Ali le Soufi, l'apôtre du Chadelisme dans le Fouta, était un Foula, de la famille Seleyanke, tribu Diallubhe. Il était né à Karantagui dans la province de la Komba orientale (Labé) et y avait fait ses premières études. Le désir de s'instruire l'amena à Fez, où il suivit les leçons d'un maître marocain, Ali Soufi le Fassi, dont par piété il prit le nom. Initié par ce marabout aux arcanes de la mystique et rattaché par lui à la famille spirituelle du saint Chadeli, le pieux Foula revint dans son pays et s'employa à faire bénéficier ses compatriotes de la baraka et des vertus de cette voie nouvelle, proche d'ailleurs du Qaderisme, dont elle est dérivée, et auquel étaient inféodés les Foula d'alors. Il mourut à Daara, près de Timbo, et y fut enseveli. On y montre encore l'emplacement de son tombeau.
Les louanges qu'Ali le Soufi ne cessait de déverser sur la ville sainte de Fez et sur son maître, lettré et pieux marabout de cette cité, ont mis la capitale du Maroc en honneur au Fouta. Les Sadialiya l'ont en grande vénération et la placent aussitôt après la Mecque et Médine. Les Tidianiya qui honorent en Fez le foyer de leur confrérie et le lieu de la tombe de leur fondateur, devaient encore accentuer cette vénération, plus ou moins consciente de la foule, pour cette ville sainte.
Les disciples, qu'Ali le Soufi laissa derrière lui, formèrent autour d'eux de nombreux groupements Sadialiya. Ils se sont fondus par la suite dans le Tidianisme; le seul qui date de cette époque est celui de Diawia (Labé) et fut fondé par Tierno Ismaila, talibé d'Ali le Soufi. C'est au reste celui qui subsiste encore, probablement parce qu'il n'a jamais exercé son influence dans le domaine temporel.

Des deux autres groupements qu'on trouve à la fin du siècle précédent:

Ils ont disparu tous les deux pour avoir voulu jouer un rôle de politique temporelle très active, s'écartant en cela des règles de la Voie Chadelia qui prescrit de se tenir à l'écart du monde des grands et des agitations terrestres. Le haut dignitaire de la branche algérienne de la confrérie était plus dans la règle, quand il disait qu'il n'aurait pas admis un roi de la terre à l'honneur de porter ses babouches. Les chefs de Ndama et de Goumba ont voulu faire mieux: ils ont voulu être rois, et c'est ce qui les a perdus.
Le Chadelisme originel, tel par exemple qu'il est pratiqué dans l'Afrique du Nord, comporte un mysticisme et un ensemble de règles touchant la vie spirituelle, qui ne diffèrent pas sensiblement de ce qu'on trouve dans les confréries voisines. Les litanies spéciales à l'ordre, notamment, ne diffèrent guère de celles qu'on récite dans les Zaouïa du Nord. Il n'y a que des différences de quotité dans le nombre des invocations. On trouvera ces litanies en annexe.
Au Fouta, les Peuls en ont accepté sans modifications les doctrines. Mais ils ont fortement exagéré certains caractères ou certaines vertus, qu'on trouve recommandés dans la mystique chadelia, mais qui n'ont abouti à ces excès que par les prédispositions naturelles et les goûts des intéressés.
Ces caractères des Sadialiya sont:

Le jeûne est pratiqué rigoureusement dans les groupements Sadialiyanke. A l'instar de ce qui se fait dans les congrégations chrétiennes, non seulement on observe avec soin le jeûne du Ramadan, mais on pratique divers jeûnes surérogatoires qui s'échelonnent au cours de l'année liturgique. Les nuits elles-mêmes, contrairement à l'usage général comportent certaines privations alimentaires.
On remarque en second lieu une tendance générale à l'isolement. Les groupements vivent à l'écart des villages voisins; les Foulasso sont fermés, peu accueillants; les individus toujours réservés, accentuant très sensiblement la méfiance ordinaire du Foula. Il n'est pas de groupement qui ne renferme un ou plusieurs individus qui n'aient fait le voeu monastique de solitude. Ce voeu comporte des degrés divers:

On sait que le Ouali de Goumba était dans ce cas, s'étant engagé sur ses vieux jours à ne pas sortir de la misiide de Goumba. Et c'est vraisemblablement une des causes qui l'incitèrent à ne pas répondre à la convocation que le Gouverneur général et le Gouverneur de la Guinée, de passage à Kindia, lui avaient adressée et qui déterminèrent sa ruine et sa mort.

Sa misiide était pleine de cénobites de ce genre, fils de ces Houbbou qui, au cours du dix-neuvième siècle, ont transformé les sauvages montagnes de Fitaba et du Kébou où ils étaient retirés, en une Thébaïde des premiers âges chrétiens. Cette tendance d'ailleurs semble bien dans la mentalité peule, car elle produit des effets identiques, quoique plus rares chez les Tidianiya voisins. La mosquée de Timbo renferme un saint tidiani qui n'a franchi son enceinte depuis onze ans que deux fois, et encore est-ce par ordre de l'autorité supérieure. Ses yeux ont perdu tout contact avec la lumière du jour, et il est à peu près aveugle. Ces prédispositions à la vie contemplative ne se rencontrent guère en pays noir; pour les Foula, on y verra sans doute une preuve de plus de leurs origines sémites, ou tout au moins non-mélaniennes. Leur mentalité ne diffère pas sur ces points de celle des contemporains de l'auteur du Livre de Job ou de celle des Arabes d'lbn Khaldoun, qui les uns et les autres ne conçoivent la perfection religieuse et l'intégrité de la morale que dans les pratiques du désert.
Les Sadialiya se signalent enfin par la récitation en commun, à la mosquée, de litanies et prières spéciales, pendant toute la nuit du jeudi au vendredi. Ces réunions pieuses portent le nom de diaroore. Les prières s'accompagnent de psalmodies, de chants, de répétitions indéfinies d'une même invocation, de gestes mécaniques, de tours de tête automatiques. Au matin, les fidèles se trouvent dans un état d'exaltation mystique, de surexcitation nerveuse et de fatigue physique qui les conduit aux crises d'épilepsie souhaitées, symboles de l'union intime avec la divinité et suprême degré du soufisme. Ces convulsionnaires rappellent quelque peu les Mourides de Sénégal et les Aïssaoua de l'Afrique du Nord.
Ces pratiques mystiques, ces accès de fureur divine ont toujours été en honneur chez les Sémites. Déjà, avant le Prophète, on les signale chez les Arabes du pré-Islam; et mille ans avant Jésus-Christ, le Livre de Samuel décrit complaisamment ces nabi, « cordes de prophètes », qui descendent des hauts lieux, criant, chantant et dansant, entraînant dans leur saint délire tous ceux qu'ils rencontrent et tombant finalement dans des crises d'épilepsie religieuse:

« Ils sont l'oreille de l'homme aux yeux fermés,
l'oreille de celui qui entend les paroles de Dieu
et qui sait la science du Très-Haut
qui voit la vision du Tout-Puissant
qui tombe, et alors ses yeux s'ouvrent. »

Les diarooje comprennent des prières diverses, concernant toutes plus ou moins la glorification du Prophète pour lequel les Sadialiya peuls affichent une dévotion spéciale. On y chante à haute voix et pendant plusieurs heures, sans arrêt, la formule du zikr, appelant les bénédictions de Dieu sur Mahomet. L'assistance y répond, en répétant sans arrêt la formule. Un marabout de Tougué fait diaroore toutes les nuits. Il ne se couche qu'après avoir prononcé mille fois le zikr. Dans la nuit du jeudi au vendredi, il le récite dix mille fois, au dire de ses talibés; ou plutôt il commence avec cette intention, mais s'évanouit dans la dépression physique et les convulsions, à l'aurore du vendredi.
On psalmodie spécialement Ibn Moubid en débutant par la prière Tabarraka. Chacun des vers est répété dix fois par le lecteur, et chaque fois la bénédiction divine est appelée mécaniquement par les fidèles sur le Prophète.
Ces diarooje ont une vogue extraordinaire, et l'on se rassemble le jeudi soir, à la mosquée centrale de la misiide, de 20 à 30 kilomètres à la ronde. Il y a même des Tidianes qui se mettent aussi à faire diaroore

Instituées par Ali le Soufi, et vulgarisées par le fondateur de Diawia, Tierno Ismaïla, les diarooje ont fleuri dans le Fouta jusque vers 1850. A cette date, elles tombent en désuétude, sans qu'il soit possible d'en discerner les causes. En 1885, le marabout Tierno Mamadou Chérif, petit-fils de Tierno Ismaila et chef actuel de Diawia, les remet en honneur. Elles reprennent tout de suite leur empire chez les Sadialiya. Les Karamoko du Labé, sous la présidence de Karamoko Dioulirdi, de Diountou, et avec la permission des chefs politiques, décident de les restaurer dans toutes les misiide sadialiyanke du diiwal. L'autorisation en est accordée par Tierno Mamadou Chérif, grand-maître des diarooje.

Du Labé ces cérémonies se répandent dans le Ndama, dans le groupement de Tierno Ibrahima, puis à Goumba, chez le Ouali, Tierno Aliou.
D'abord laissées libres par l'autorité française, ces diarooje ont fini par être supprimées. Ces réunions nocturnes, aboutissant à des convulsions religieuses, troublaient la quiétude de la méfiante administration. Il est même probable qu'elles ont fortement contribué à faire suspecter les groupements sadialiya, et à amener la persécution qu'ils ont soufferte.
Aujourd'hui donc, les diarooje sont interdites, sauf à la Zaouia-mère de Diawia. Les marabouts de ce centre demandent timidement qu'il leur soit permis de les restaurer. Ils y sont tout à fait intéressés, d'abord parce que cette institution est leur marque de famille et contribuera à répandre leur influence; ensuite parce que l'autorisation spirituelle de « faire diarore » ne peut émaner que de leur chef Tierno Mamadou Chérif, et qu'elle n'est accordée que moyennant une forte rétribution et de pieux cadeaux. Sans aller jusqu'à une licence complète, l'Administration pourrait fort bien accorder cette autorisation pour les cas individuels qui lui seraient soumis. Cette politique de collaboration, source de bénéfices appréciables pour les dirigeants de Diawia et répondant aux voeux des Sadialiya, fervents de diarore, ne pourrait qu'accentuer la détente nécessaire et renforcer la tranquillité publique. Les marabouts seraient invités discrètement à mettre une sourdine à l'exubérance mystique de leurs talibés, et à ne pas laisser dépasser la mesure dans les manifestations épileptiques des sujets trop bien doués.

I — Tierno Ibrahima du Ndama.

La province du Ndama a vu éclore et se développer au dix-neuvième siècle un groupement sadiali d'une certaine importance.
C'est le Tierno Dian, de la famille des Kalidouyabhe, qui en fut le fondateur et l'apôtre. Tierno Ciré, son père, était un vigoureux chef de guerre des Alfa du Labé dans le Badiar et le Pakési. Il était originaire de Koggui, dans la province de Misiide Hinde (Labé).
Tierno Dian lui succéda comme chef du Ndama et s'installa au village même de Ndama, qui avait donné son nom à la province. Ndama devint avec le temps un centre de pèlerinage et de diarore et le refuge des Houbbou de la région. Les chefs du diiwal de Labé virent sans sympathie le développement de ce groupement de dissidents et d'exaltés, et la misiide de Ndama ne tarda pas à être leur bête noire, comme celle de Goumba devenait l'objet de l'antipathie croissante des Almamys de Timbo. Mais le marabout du NDama, plus faible que le Ouali de Goumba, évita tant qu'il put la lutte directe avec les chefs du Labé et ne se risqua jamais qu'à des escarmouches. Il porte plutôt ses efforts contre les fétichistes voisins, Tenda, Coniagui, Bassari: guerre sainte et razzias, c'était tout profit.
Tierno Dian finit par étendre peu à peu son influence à toute la province du Ndama, et en reçut le commandement des mains des chefs du Labé. Il mourut vers 1865, laissant sa succession à son fils aîné, Tierno Abdoul Goudoussi.
Celui-ci marcha sur les traces de son père, et fit de nombreuses incursions en pays fétichistes. Il trouva la mort dans le Gabou, à Kankéléfa, au cours d'une de ses razzias (vers 1875).
Son frère, Tierno Ibrahima, lui succéda. Ses luttes contre les Tenda sont restées célèbres. Il fut à la fois grand chef et marabout lettré et réputé. On ne l'appelait plus que le Ouali du Ndama. Il transporta le siège de son commandement à Himaya, puis à Boussoura, qui est une déformation noire de Basra, la Bassora de la Mésopotamie.
Le désir de conquérir son indépendance l'amena à faire échec à Alfa Yaya, chef du Labé. Il refusait de reconnaître à celui-ci des droits de possession sur certains territoires. Il consentait bien à payer au Gouvernement français l'impôt de capitation, mais il refusait de faire acte de vassalité envers Alfa Yaya en lui remettant cet impôt pour l'envoyer à Conakry. Entre temps et par l'intermédiaire de Moussa Molo, il avait passé un traité d'amitié et de protectorat avec les autorités françaises de la Casamance, cherchant à échapper ainsi à l'emprise d'Alfa Yaya et de la Guinée.
Tierno Ibrahima avait autour de lui de nombreux partisans provenant en grande partie de familles riches et influentes du Labé qui s'étaient enfuies de ce territoire pour échapper à la tyrannie d'Alfa Yaya. Parmi eux, on peut citer la famille d'Alfa Aguibou, propre frère d'Alfa Yaya et sa victime, et la famille d'Alfa Gassimou, chef Alfaya, dépossédé du Labé.
Une haine féroce et irréductible grandit entre les deux chefs, et chacun d'eux chercha à plusieurs reprises à faire assassiner l'autre.
Le Gouvernement français avait reconnu chef du Labé Alfa Yaya. Il fallait donc pour assurer la tranquillité dans cette région décider Tierno Ibrahima à accepter son autorité.
L'administrateur Noirot crut pouvoir le faire par la diplomatie (mai 1899). Malheureusement les palabres s'engagèrent mal. Sa petite escorte dut battre en retraite; et cet échec eut un grand retentissement dans le pays. Il fallut réagir aussitôt contre le mauvais effet produit sur l'esprit des indigènes.
Boussoura fut occupé sans coup férir par le lieutenant Moncorgé, qui y installa un poste. En mai 1990, inquiet de l'attitude du marabout, il procédait a son arrestation, ainsi qu'à celle de ses deux fils, Modi Dian et Modi Alimou, et de son cousin Modi Sori Himaya.
Les prisonniers furent internés quelque temps à Conakry, chez Alfa Oumarou de Timbo, qui y était lui-même en résidence obligatoire. Ils furent condamnés à être internés au Gabon, mais cette décision resta sans effet par la volonté même du Gouverneur qui l'avait prononcée. Le Gouverneur étant parti en congé, l'arrêté fut immédiatement appliqué par Noirot, et en avril 1910 les quatre Foula du Ndama s'embarquaient pour le Gabon.
Tierno Ibrahima y mourut cette même année. Ses deux fils et son cousin ont été l'objet d'une mesure de clémence en mai 1911, et sont rentrés en Guinée à cette date.
Tierno Ibrahima Ndama a laissé de nombreux fils, dispersés sur les frontières des Guinées française et portugaise, ainsi qu'en Casamance.
L'aîné, Tierno Dian, a longtemps été fixé à Sédhiou (Moyenne Casamance). Il avait d'abord dirigé quelques années la zaouïa de Boussoura, à son retour du Gabon, puis a émigré en Casamance. Il habite depuis 2 ou 3 ans Boulam (Guinée portugaise). Il est né vers 1860. Ses deux fils aînés, Sori Bobo et Amadou, nés au village familial de Termesse, dans le Ndama, y sont restés
Sori Bobo, né vers 1885, représentant actuel de ce rameau Sadialiya, jouit d'une grande considération dans le Ndama et le Gabou. Il a une bonne instruction islamique et dirigé une école florissante d'une trentaine d'élèves, originaires de ces deux provinces. C'est un homme intelligent et un pur Foula par son astuce. Son influence s'étendra certainement avec le temps et la propagande. Il se déplace fréquemment dans les districts des deux côtés de la frontière. Son frère, Amadou plus jeune et plus effacé, s'emploie comme professeur à la zaouïa.
Al-Hadji Alimou, deuxième fils de Tierno Ibrahima, est installé dans le Gabon portugais, mais continue à revenir dans le Ndama.
Le cinquième, Modi Yaya, vit à Tabadian, dans la province du Damantan (Niani-Ouli).
Le sixième, Modi Labbo, d'abord en Casamance, puis en Guinée portugaise, a fini par s'installer à Boussoura. Né vers 1888, il est en passe de devenir le marabout le plus influent du Ndama. Il dirige une importante école coranique et supérieure, et jouit, malgré son jeune âge, d'un prestige qui ne fera que croître. Le groupement de Sadialia qu'il dirige, tend à se rattacher au groupement de même obédience de Koula (Labé) encore que celui-ci passe à l'heure actuelle au Tidianisme.
Le dernier des fils de Tierno Ibrahima Ndama, Mamadou Boussouriou, est né vers 1890. Il a suivi son père à Conakry, et lors du départ de celui-ci pour le Gabon, est resté dans la capitale de la Guinée où on l'a mis à l'école française. Il a été nommé chef de Ndama en 1914. C'est un homme intelligent et ouvert.
Parmi les talibés en vedette, il n'y a guère à signaler que Tierno Diakaria, né à Teliwel, vers 1850, fils de Maridiogou, Foula, et qui dirige dans la misiide de Goungouroun (province de Binani) un petit groupement de Sadialia.
Très réservé et plutôt méfiant, Tierno Diakaria fut néanmoins impliqué dans les événements de Goumba, et condamné à deux ans de prison « pour agitation politique et participation morale au mouvement du ouali ». Il les a purgés à la prison de Koumbia et fait aujourd'hui le cultivateur et le maître d'école. Il fait d'ailleurs de fréquents séjours en Guinée portugaise.
Modi Yaya, Modi Alseyni, Modi Dian et Modi Cellou sont les quatre Karamoko Sadialia les plus notoires de Boussoura.
Le groupement de Tierno Ibrahima Ndama, aujourd'hui dispersé, fondu et réduit à sa famille et à quelques talibés fidèles, est la première victime de l'hostilité des dirigeants politiques.

II — Le Ouali de Goumba.

Le groupement Chadeli du Goumba, aujourd'hui disparu, devait, après une existence florissante, finir plus misérablement encore que la confrérie-sœur du Ndama.

1. Historique.

Tierno Aliou, celui qui devait être plus tard le « saint », le Ouali de Goumba, était né vers 1820 à Mombeya, dans le Kolladhe (Ditin). Il n'était pas Peul de pure extraction. Son grand-père était un Morikounda (Malinké) du Gabon qui vint s'installer dans la misiide de Mombeya, à la marga de Kata d'abord, puis à la marga de Tounkara. C'est là que naquirent son père et sa mère, Alfa Abdourrahman, et Diariatou, et lui-même par la suite.
Il fit ses premières études dans le Mombeya, chez le marabout Seleyanke, Tierno Mamadou Samba, à Fougoumba et à Timbo, puis alla les achever chez les marabouts sahariens de Mauritanie et du Sahel. Rentré au Fouta, il se conforma à la vieille tradition foula des ancêtres, en se faisant affilier aux Chadelia.
C'était le moment où la lutte battait son plein entre les almamys du Fouta, représentant d'une organisation politique et d'une société déjà formée, et les bandes de dissidents, « d'insurgeants » qui, sous le nom de Houbbou, refusaient d'entrer dans les cadres de la collectivité foula et prétendaient vivre dans leurs montagnes en communautés isolées. Il est à peu près certain que Tierno Aliou fut mêlé de très près à ces luttes. Quand les Houbbous vaincus et écrasés par les almamys Oumarou et Ibrahima Daara durent se disperser à la périphérie du Fouta, Tierno Aliou, mis hors la loi par les almamys, s'enfuit du Kébou et vint se réfugier à Kindia, en bordure du Fouta, et en pays soussou. Il y fut très bien accueilli par l'almamy local parce qu'il amenait des gens et des troupeaux, et reçut tout d'abord un territoire sur l'emplacement du village de Niara que venaient de brûler les incursions du Kinsan. Ses relations avec les chefs soussou se maintinrent excellentes jusqu'à la mort de l'Almamy.
C'est vers cette époque (1885), qu'il commença à tourner ses regards vers les Européens, dont la puissance, s'élevant de la mer, croissait tous les jours. Il vécut, dès la première heure, en très bons termes avec les Français de Conakry et se proclama leur ami. Après quelques tâtonnements, il se fixa à Goumba, avec la double autorisation de l'almamy de Kaneya, suzerain des chefs soussous du pays, et de l'almamy Laye, chef du Kinsan et de Goumba dont relevaient directement les territoires sur lesquels le marabout jetait son dévolu (vers 1887).
En quelques années, l'établissement de Tierno Aliou prit un extension considérable. De toutes parts, ses anciens amis, le Houbbous, accoururent dans le Goumba; les Foula mécontents, les esclaves fugitifs, les débiteurs insolvables, les condamnés, les voleurs vinrent se réfugier dans l'asile du Tierno, devenu une misiide foula. Par la suite, des Peuls du Macina et d'autres de la Nigéria s'installèrent aussi à Goumba. En l'honneur des premiers Tierno Aliou donna le nom de Macina à sa misiide.
Cette prospérité ouvrit l'ère des difficultés. Les almamys du Fouta d'abord voyaient du plus mauvais œil cette reconstitution d'un centre de rebelles. Leur diplomatie usa de tous les artifices pour l'anéantir. Ils joignirent vingt ans durant les attaques directes à main armée aux intrigues politiques auprès des chefs soussou pour les exciter au pillage et au meurtre.
Les Soussou eux-mêmes, ennemis-nés des Foula, furent tout de suite inquiets de ce subit développement d'une misiide étrangère, au milieu de leur pays. En outre, les conflits entre pasteurs peul et cultivateurs diallonké aggravèrent rapidement la situation, et provoquèrent maintes rixes entre les propriétaires du pays et les immigrants.
L'histoire de Goumba de 1887 à 1905 n'est autre que le récit des luttes politiques et guerrières que le Ouali doit soutenir contre les foula et contre les Soussous pour assurer l'existence de sa misiide. Les almamys du Fouta essaient d'abord de la manière forte. Les notables soussou de Goumba, sous la pression du chef de Kinsan, qui subissait I'influence de Timbo, se réunissent à plusieurs reprises et décrètent l'expulsion de l'intrus. Mais celui-ci, protégé par l'Almamy Sounkari Modi, chef du Goumba et successeur d'Almamy Laye depuis 1827 et par son allié Almamy Fodé, chef du Kirita, se refuse à vider les lieux.
Ces assemblées plénières du Goumba soussou contre l'envahissement des Foulas se reproduisirent plusieurs fois , par la suite, au chef-lieu de la province, Koundeya, que la tradition désignait comme lieu d'élection de l'almamy. Elles n'eurent pas plus de succès. Le marabout sut toujours par ses libéralités judicieuses mettre nombre de partisans et quelques almamys locaux de son côté. Il put ainsi tenir tête tant aux intrigues des chefs de Timbo, qu'aux doléances, protestations et violences des Soussou.
Contre ceux-ci d'ailleurs, lui aussi usait de la manière forte. A plusieurs reprises, il dirigea de petites colonnes de talibés contre les gens du Kinsan et du Goumba, incendia des villages, et razzia leurs richesses, détruisit les cultures, fit décapiter et fusiller les guerriers. Il arriva très vite à inspirer une grande terreur dans toute la région.
L'administrateur Alby, qui montait vers Timbo en 1893, raconte que la plupart de ses porteurs soussou le lâchèrent, au sortir de Dubréka, dès qu'ils surent qu'il ne prendrait pas la route foula par Dérookoulima, mais la route soussou, beaucoup plus facile, par le Kaneya et le Goumba: on ne voulait pas passer par ce dernier point. De même, les caravanes des almamys du Fouta qui venaient à Dubréka et Conakry évitaient cette route, malgré ses facilités.
La légende, qui subsiste encore, assurait même que le marabout s'était concilié le ciel en sacrifiant une de ses filles, à l'exemple d'Abraham; et que dès lors son établissement de misiide-Goumba était imprenable et sacré.
Vis-à-vis des almamys de Timbo, la politique du Ouali était plus souple. Alby a pu connaître, dès mai 1893, leur sentiment sur le marabout de Goumba. Il voulait faire accepter à l'almamy Alfaya, Almamy Ahmadou, le détachement du Kinsan et du Goumba du groupement foula et leur annexion à la France, ou tout au moins obtenir de ce chef qu'il laissât vivre en paix ce groupement religieux, ami des Français. Il échoua dans cette partie de ses négociations et conclut: « Il considère le Ouali comme un de ses sujets foula qui ne veut pas payer aux almamys les tributs de bestiaux qu'il leur doit. Il faut donc (d'après l'almamy) le ramener de force dans le Fouta et là, il saura bien faire expier au marabout sa désobéissance. » Il n'hésitait pas à repousser par les armes, le cas échéant, leurs bandes de condottieri; mais il préférait lutter contre eux sur le terrain diplomatique. La province du Kébou se vidait de mois en mois de sa population qui émigrait à la misiide. Les almamys, inquiets de la ruine de cette province et de la disparition du cheptel, essayèrent de ramener les gens du Kébou, puis, impuissants, offrirent à Tierno Aliou de lui faciliter son installation dans cette région, afin qu'il ramenât avec lui tous les émigrants. Le marabout retors eut l'air d'accéder a priori à ces propositions. Il demanda à réfléchir. Et pendant ses réflexions, qui durèrent plusieurs années, il tint en suspens les almamys et jouit d'une paix relative.
Dès 1892, le Goumba-Soussou est éclipsé par le Goumba-Foula. Les Soussous, effrayés, évacuent le pays, et retirent en grand nombre ver le Kaniya. L'autorité du marabout s'étend peu à peu à la province voisine du Kinsan, et Yaté Sori, son chef, vient à la misiide prendre les instructions de Tierno Aliou. A cette date, un rapport politique évalue la force que peut mettre sur pieds le marabout à 2.000 guerriers.
Malgré ses bandes armés, malgré sa finesse et son entregent, Tierno Aliou n'aurait jamais mené une si longue carrière, si la puissance des Français ne l'avait, dès le premier jour, soutenu et encouragé. C'est l'intervention du Gouverneur Ballay qui aplanit les premières difficultés de son installation et lui fit donner la libre disposition des territoires sis entre

C'est grâce à leurs excellentes relations tant avec les almamys de Timbo qu'avec les chefs Soussous que les administrateurs de Dubréka dont dépendait politiquement le Fouta, et parmi lesquels on peut citer :

purent sauver dix fois le marabout assiégé et perdu. Plus tard, son territoire fut connu administrativement indépendant, et le traité du 19 avril 1894 plaçait le Goumba sous le protectorat de la France et interdisait l'immixtion des Foula de Timbo dans les affaires du pays. Aussi sa reconnaissance et son loyalisme étaient-ils réels, et il eut l'occasion de rendre à son tour maints services aux Français. Il leur facilita notamment leur marche progressive dans l'occupation du Fouta, leur fournit des auxiliaires pour la répression de l'agitation dans la province du Sanou, du Kinsan et des Foulacogni, et se montra, malgré les démarches et tentatives des Anglais, un fidèle agent de notre influence.
On trouvera ci-après une relation très exacte, dans sa simplicité spirituelle, de ce qu'a été pendant 25 ans (1883-1907) la vie de la misiide de Goumba, l'attitude de son chef et ses relations avec les Français. Elle est un peu longue, mais mérite d'être citée en entier, parce qu'elle marque l'étiage d'une situation qui s'est perpétuée et améliorée jusqu'à la veille d'un revirement néfaste et toujours incompréhensible. Elle est due à l'administrateur Alby, commandant de Dubréka; il se rendait à Timbo (avril-mai 1893), dans le but de faciliter les relations des almamys avec les autorités militaires du Soudan, qui, lancées à la poursuite des bandes de Samory, battaient les glacis du Fouta Diallon.

« Nous arrivons à la ville sainte (la misiide de Goumba). Je cherche en vain les murs fortifiés dont on m'avait parlé en route.
Nous entrons dans la cité comme chez nous, entre les groupes de cases séparés les uns des autres par des cloisons de paille ou de feuilles de palmier tressées.
Chaque famille est ainsi dans un quartier spécial protégé par ce faible rideau contre les indiscrets.
C'est là tout l'appareil de défense de la misiide.
La ville est très étendue, très populeuse, plus semblable à un vaste complément, bien située sur un terrain en pente et légèrement ondulé.
Les gens, très sympathiques, accourent au-devant de nous. Toutes les barrières, faites de pieux, qui ferment les rues pour empêcher la circulation des bestiaux, sont renversées pour mon passage et, sans aucune formalité, sans attendre aucune autorisation, je vais droit chez le Ouali, malgré que certaines gens me disent de m'arrêter et d'attendre sa réponse.
Le marabout comprend très bien que je ne veux pas le traiter en grand personnage politique, il vient lui-même au-devant de moi, de l'air le plus affable, me faire ses compliments que je reçois du haut de ma mule.
Ce n'est qu'après qu'il a achevé ses offres hospitalières, que je descends m'abriter dans sa case, où il me donne la place d'honneur.
Aucun chef Soussou ne m'a encore aussi bien accueilli et avec autant d'égards.
Le marabout me fait donner des cases aussi convenables qu'on les peut trouver chez ces indigènes encore loin de tout confortable.
On m'offre la première calebasse de lait que j'aie reçu depuis mon départ de Dubréka, chacun montre la plus grande cordialité. J'entends même plusieurs mots français prononcés à mon intention.
L'aisance a l'air de régner chez cette population pastorale. Les enfants y pullulent. Rien ne dénote des moeurs guerrières, ni les allures de conquérants.
Le Ouali lui-même n'a pas l'aspect d'un chef, il ne semble pas chercher à copier leurs usages . Sa physionomie est empreinte d'une certaine bienveillance naturelle.
Pendant que nous nous reposons, il envoie chercher mon interprète pour lui demander quels sont les cadeaux qui pourront m'être agréables,
Je recommande de n'accepter que des vivres, sachant que le Ouali en donne facilement.
Bientôt après, il vient lui-même me rendre visite en m'apportant

J'accepte ces précieuses provisions avec la joie d'un spéculateur heureux; car je dois avouer que j'avais compté sur le Ouali pour me ravitailler jusqu'à Timbo, aussi est-ce avec une complaisance toute particulière que j'écoute la conversation du Ouali. Il remonte bien avant le déluge pour me raconter la Genèse hébraïque, tenant à me prouver que nous sommes issus d'une souche commune; il s'arrête enfin au premier descendant d'Abraham pour me permettre de lui répondre que je partage ses convictions aussi volontiers que ses vivres, reconnaissant que je suis, comme lui, un petit neveu d'Ibrahima et que j'ai toujours considéré les descendants d'Ismaël comme ses proches parents.
Les simples considérations de nuance épidermique n'effarouchent pas les Français et, partant de ce point, je fais à mon tour un long sermon au marabout sur

Le Ouali proteste de son grand respect pour les chefs Soussous du Goumba, auxquels il fait constamment des cadeaux; il affirme ses intentions absolument pacifiques, en insistant sur ce que ses ancêtres n'ont jamais appartenu à des familles de rois ou de chefs, il ne saurait donc avoir aucune raison de prétendre à ce titre.
Il ne veut s'occuper que de Dieu et d'agriculture.
Il me laisse sur ces déclarations et presque tous les habitants viennent me regarder comme une bête curieuse.
La plupart n'ont pas encore vu de blanc, c'est donc à titre d'échantillon que je dois me laisser contempler, mais ce genre de succès ne laisse pas que d'être fort ennuyeux.
A mon tour, je vais voir le Ouali dans ses appartements de branchages.
Il me témoigne sa grande amitié pour les Français, sur la protection desquels il voudrait pouvoir compter pour pouvoir continuer de vivre en paix dans le Goumba.
Je lui réponds que sa situation est délicate, mais qu'il connaît mieux que personne le vrai moyen de s'assurer l'amitié des chefs.
Il me promet de mettre le prix nécessaire au maintien de sa tranquillité.
En somme, ce fameux Ouali, dont le véritable nom est Sekou Aliou, paraît assez inoffensif.
Il comprend très bien la valeur des accommodements, sa grande peur est qu'on ne le chasse de Goumba où il se trouve très bien. Son installation n'a rien de menaçant.
Ce doit être un habile homme, qui a su s'enrichir par des moyens très discutés; mais il semble être devenu avec l'âge plutôt conservateur que pillard.
La ville de misiide au centre de laquelle s'élève une mosquée assez imposante, faite sur le modèle des autres cases, mais dans d'énormes proportions, comprend environ 200 cases, dont tous les habitants s'adonnent à l'élevage et aux cultures indispensables: mais, mil, manioc, patates.
C'est un bon exemple pour les populations environnantes, et il semble qu'il pourrait nous être fort utile de voir se développer dans cette région un centre d'approvisionnements et de production important
en dehors de l'autorité des almamys, à proximité de nos comptoirs.
Ce noyau de Foulas forme une sorte de poste avancé qui pourrait, en réussissant dans ses affaires, nous attirer une certaine clientèle très avantageuse au point de vue politique comme au point de vue commercial. On prétend que le Ouali a jusqu'à présent dirigé tous ses bestiaux
vers Sierra-Leone, par la vallée de Kollenten, il serait préférable de les voir diriger vers Conakry à la suite d'un accord amical avec le marabout et les autorités du Goumba.
Dès le matin, j'envoie au Ouali mes cadeaux en remerciement de ses bons procédés; un boubou de soie noire et une pièce de wigam; il en parait enchanté et tient absolument à m'escorter à pied jusqu'à une certaine distance de misiide. Une foule de deux ou trois cents personnes nous suit aussi et c'est à grand-peine que je puis reprendre ma liberté d'allure.
Comme dernier compliment, l'intelligent marabout me dit qu'il voudrait bien apprendre le français pour que nous puissions nous entendre complètement. »

2. La Zaouïa de Goumba.

La Zaouia de Goumba est alors (1890-1907) dans toute sa splendeur, et son chef dans tout l'éclat de sa sainteté et de ses vertus.
La misiide Goumba ou plus exactement pour les Peul, Macina devient le centre islamique le plus important de la Basse Guinée. Elle effectue sur les Soussou voisins un intense effort de prosélytisme; mais elle est surtout une misiide de Foula. La vie monastique, suivant les principes de la Voie Chadelia, y est organisée canoniquement par le marabout. On y prie et chante en choeurs réguliers, sans arrêt. Dans la nuit du jeudi au vendredi, tous les fidèles des environs, réunis au nombre de plusieurs milliers par de frémissantes diarooje, s'exaltent, s'enivrent de rythme, de cadence et de mysticisme. Beaucoup tombent à terre et se roulent dans les convulsions de l'hystérie religieuse.
Des jeûnes, des mortifications de toute nature, le silence du cloître, la vie contemplative, le voeu de solitude perpétuelle viennent compléter cette vie de religieux. La misiide ne tarde pas à jouir d'un prestige considérable, et est sans cesse visitée par un afflux de pèlerins.
Les études y sont moins bien organisées. Toutefois, on y distribue l'enseignement coranique à plusieurs centaines d'enfants, et les plus intelligents reçoivent par la suite les rudiments du droit et de la théologie coranique.
Le prestige du marabout s'accroît avec les ans. Ses nombreux miracles établissent nettement la vertu de sa baraka. Dès 1900, il est consacré par la voix populaire « Ouali », c'est-à-dire « Saint », et dès lors, il n'est plus Sekou ou Tierno Aliou: on ne l'appelle que le Ouali de Goumba. Son influence religieuse est prépondérante

Il est en relations épistolaires et courtoises avec tous les grands marabouts du Fouta:

Il compte des disciples dans toutes les classes de la société et dans les deux races foula et diallonké;
Tierno Atigou, secrétaire du tribunal de Kindia, s'honore de lui être affilié.
Il entretient des rapports très cordiaux avec Alfa Yaya, chef du Labé, et celui-ci affecte de l'honorer en toutes occasions, ne serait-ce que pour faire échec aux almamys de Timbo. La tradition rapporte que Tierno Aliou était le plus grand fournisseur de sa cour et de ses bandes de guerriers.

3. Les événements de 1911.

Jusqu'à 1907, les relations entre Goumba et les Français furent excellentes, et aucun nuage n'assombrit la situation.
Survint le fâcheux incident de 1907: l'administrateur Bastic, de Pita, rentrant de tournée, fut attaqué sur la rivière Kora (Maci) par une petite bande de malfaiteurs. Surpris dans son hamac, à la nuit tombante, jeté à terre par ses porteurs qui s'enfuirent, il succomba sous les coups de sabre. Son garde d'escorte était lui-même abattu. Cet attentat, unique dans les annales de la Guinée, devait jeter le trouble dans la politique locale. L'enquête démontra que le principal assassin, Tierno Amadou Tidiani, appartenait au groupement religieux du Ouali et fréquentait Goumba. On ne tarda pas à croire à une complicité possible de Tierno Aliou.
Celui-ci, pressé de questions, opposa une force d'inertie invincible. Il se sentait en effet dans une position des plus dangereuses par suite de ses liens spirituels qui l'attachaient à l'assassin et qui pouvaient laisser supposer que celui-ci n'avait agi que par son ordre ou tout au moins avec son assentiment. En outre, l'exaltation fanatique où les diarooje nocturnes du vendredi jetaient ses disciples et que le Ouali présidait et encourageait, était certainement une des causes du crime, et de celle-là le Ouali se sentait nettement coupable et savait que les Français l'en rendraient responsable.
Le sentiment de méfiance qui naquit, dès les premiers jours, entre les deux parties, ne fit que s'aggraver. On remarqua l'attitude embarrassée du marabout. On se rappela que huit jours avant le crime il avait demandé à l'administrateur de Kindia l'autorisation de réunir les gens de son territoire pour une chasse aux éléphants qui saccageaient ses cultures; et l'on ne vit dans cette demande qu'un prétexte pour mobiliser non seulement les réfugiés de Goumba, mais aussi tous les gens valides de Simbaya (à 17 kilomètres de Conakry) et de Fougoumba. Dans ces divers villages, la population s'équipa et se concentra autour de la misiide, créant naturellement une certaine effervescence. Et l'on vit après coup dans cette agitation les préludes d'un mouvement insurrectionnel qui n'avait pas abouti.
Il n'est pas jusqu'à la capture de l'assassin Tidiani qui ne lui fut imputée à mal. Pris d'un beau zèle, en voyant que la justice française s'énervait de l'insuccès de ses recherches, il offrit ses bons offices qui furent agréés. Quelques jours plus tard, ses talibés surprenaient Tidiani à Doukounda et le livraient enchaîné.
Il fut aussitôt jugé et exécuté à Conakry, mais sans jamais avoir mis en cause ni directement ni indirectement le marabout 1. Ici encore on ne voulut voir dans cette aide efficace qu'un désir de réparation, qu'un souci de se faire pardonner « son rôle prépondérant ». De cette arrestation rapide effectuée par ses gens, on tira la conclusion qu'il était au courant des faits et gestes de l'assassin.
Dès lors, la situation fut de plus en plus tendue. On s'inquiète tout d'un coup de cette agglomération de fanatiques concentrée dans la main de ce grand marabout; en y regardant de plus près, on constate avec surprise combien l'influence et le rayonnement de cette Zaouia ont pris d'intensité dans les provinces voisines; on recueille tous les racontars que les ennemis du Goumba, Foula comme Soussou et notamment Karamoko Silla et Kali Salifou, qui n'ont jamais désarmé, répandent à profusion.
Dans ses bonnes relations avec les personnages religieux, ses voisins, on voit une politique tortueuse, visant à l'entente islamique et à l'union en vue de la guerre sainte. Comment les marabouts Fulbhe du Fouta ou Diakanke de Touba, comment tous les chefs et almamys de Timbo et des diiwe se seraient-ils mis à la remorque de ce Karamoko jalousé, de cet intrigant qui avait réussi, de ce Houbbou contre qui ils bataillaient depuis un quart de siècle? Aujourd'hui encore ces personnages ne dissimulent pas leur satisfaction de la ruine de Goumba et constatent non sans ironie que ce sont les Français, qui le soutenaient depuis vingt ans et empêchaient leurs haines de s'exercer, qui ont eux-mêmes détruit la misiide, dispersé le groupement de dissidents et fait disparaître le Ouali.
Les prédications ordinaires et les plus bénignes du marabout sont soumises à une interprétation tendancieuse
Quand il parle du Prophète, on dit qu'il regrette la souveraineté de la parfaite communauté musulmane; quand il annonce le Mahdi qui doit convertir par la force et le châtiment les Soussou incrédules et pillards, on explique qu'il prépare les voies à sa prochaine révolte et qu'il enflamme ses gens contre l'autorité française. Quand un de ses talibés, contribuable récalcitrant, trouve que l'impôt est trop lourd, on signale ce fait comme un signe avant-coureur de la rébellion qui couve.
Les achats de poudre et de munitions de toutes sortes que les Foula font en grande quantité, en vue des pétarades invraisemblables dont ils accompagnent leurs manifestations religieuses ou leurs rites sociaux, éveillent une attention méfiante. En un pays où on n'a jamais procédé au désarmement et quand les indigènes ont de tels usages, il est naturel de trouver des armes dans toutes les cases. On dit :
« Un véritable arsenal existait à la misiide: fusils, sabres, poudre, uniformes (?) pour les soldats pour la guerre sainte, balles dont la plupart étaient fabriquées au village de Yara. Enfin une garde composée de six ou sept cents hommes résolus, bien armés, était exclusivement chargée de défendre sa personne jusqu'à la dernière extrémité. »
La situation devint si aiguë, qu'on commença à envisager l'arrestation du Ouali. Ces bruits parvinrent aussitôt à ses oreilles et il prit les premières précautions en faisant filer sur Sierra Leone quelques-unes de ses femmes et des troupeaux. Ces mesures furent connues par l'autorité française. On y vit les préliminaires des hostilités.
C'est ainsi que la défiance réciproque s'aggravait et que la crainte que des deux parts on concevait de l'adversaire allait conduire à la rupture.
En décembre 1910, le Gouverneur général et le Gouverneur de la Guinée étaient de passage à Kindia et voulurent voir ce marabout inquiétant. On le convoqua. Pris de peur, quasi impotent et lié aussi, il faut le dire nettement, par son voeu cénobitique de ne jamais sortir de la misiide, il prétexta son grand âge et fit défaut Dès lors, le siège de l'autorité supérieure était fait et la rupture consommée. C'est à ce moment, et à ce moment seulement, que je placerai l'abandon par Tierno Aliou de sa politique traditionnelle d 'amitié et de collaboration avec les Français. Ceux-ci l'abandonnent et laissent même entendre qu'ils vont sévir contre lui. Il se tourne vers un autre appui.
Cet appui, malheureusement pour lui, ne pouvait lui être d'aucun secours et allait le compromettre définitivement: c'était Alfa Yaya, ex-almamy ? du Labé, qui, au retour de son internement du Dahomey, cherchait des auxiliaires dans toute la Guinée. Ses intrigues trouvèrent aussitôt un écho à Goumba. L'agitation politique qu'Alfa Yaya provoque dans tout le Fouta inquiète l'autorité française. Ses accointances avec les marabouts font craindre une action d'ensemble islamique, Alfa Yaya et les siens sont saisis à Conakry même et déportés à Port-Etienne (9 février 1911). L'arrestation du Ouali, définitivement compromis par l'Alfa du Labé, est décidée.
On perçoit à ce moment, autour de Goumba, tous les symptômes d'un mouvement insurrectionnel. Le Ouali
affolé recrute des partisans, active le zèle des chefs politiques et religieux qui lui sont dévoués, cherche un terrain de résistance nettement islamique et guerrier.
La misiide Goumba est fortifiée, et les talibés coupent leurs exercices de piété de démonstrations militaires.
A Ditin, la situation se tend. L'Administrateur, dans la
crainte d'une attaque, doit mettre le poste en état de défense. Des chefs locaux comme

se compromettent ouvertement pour le Ouali. Ils lui envoient des munitions, des hommes, des renseignements, et lui promettent de cacher ses fuyards. Tierno Kana fit construire un tata fortifié, sur les bords du Konkouré, pour défendre le pays, et il y envoie ses biens et sa famille.
Des contingents sont fournis par les villages de Diaguisa et de Kala.
Dans le cercle de Pita, on agite publiquement dans les villages du Kébou, province dont est originaire le Ouali, la question de la guerre sainte.
Dans le cercle de Kindia, le chef soussou de la Téné était en coquetterie dangereuse avec le Ouali.
Comme des résistances à main armée étaient à prévoir c'est au capitaine commandant la septième compagnie des tirailleurs sénégalais, de Kati, que fut confié le soin de procéder à l'arrestation du Ouali.
Celui-ci fut informé à l'avance de la mission et de l'arrivée du capitaine Talay tant par ses agents de renseignements que nos propres fonctionnaires indigènes dévoué à sa cause, tel notamment Tierno Atigou, secrétaire à Kindia. Il envoya aussitôt des émissaires dans les villages environnants pour réunir ses partisans.
Le 30 mars 1911, la compagnie de tirailleurs arrivait à la misiide. Elle était accompagnée par le Gouverneur de Guinée, et divers fonctionnaires de ses cabinets civils militaires.
Que se passa-t-il exactement? Il est difficile, sinon impossible de le savoir. Voici dans ses grandes lignes, reconstituée par un acteur du drame, le récit des événements.

Le capitaine Talay ne jugea pas utile de rester sur hauteurs qui dominaient le village et d'envoyer un émissaire au Ouali. Il se rendit directement à la mosquée avec le lieutenant Bornand et une section de tirailleurs. Pour bien montrer ses intentions pacifiques il donna l'ordre aux tirailleurs d'ouvrir les culasses et de former les faisceaux. En arrivant à la mosquée, il trouva un nombre considérable de Foula qui parlaient et gesticulaient. Il y en avait de toutes les provinces avoisinant le Goumba et notamment des villages de

Talay palabra avec eux et demanda à parler au Ouali. On lui répondit d'abord que celui-ci était absent, puis un indigène âgé se présenta et déclara être Tierno Aliou. Le capitaine lui expliqua alors le but de sa mission, l'invita à déposer les armes, et chercha à le rassurer. Pour toute réponse, le Ouali donna l'ordre à ses talibés de chasser les soldats. Avant que ceux-ci aient pu prendre aucune mesure, Talay, Bornand et dix tirailleurs tombaient, hachés à coups de sabre. Les corps furent trouvés plus tard atrocement mutilés.
Une bataille s'ensuivit. Les tirailleurs survivants réussirent, sous la conduite d'un sous-officier européen et du brigadier des gardes de Kindia, à se dégager et à se replier sur la colline située au sud de la misiide.
Les coups de feu éclatèrent sur toute la ligne; la compagne réussit toutefois a mettre le feu au village, puis se retira vers Kindia, protégeant le Gouverneur et sa suite.

Le Ouali et ses principaux talibés s'étaient enfuis. Une petite colonne de répression fut aussitôt constituée. Partie de Kindia, le 3 avril, elle était à Goumba, le 27, incendiait les villages rebelles et leurs approvisionnements, bombardait quelques rassemblements hostiles, capturait d'importants troupeaux de bœufs et mettait en liberté de nombreux captifs.
Taïfourou, petit-fils du Ouali, vint présenter la soumission de ses gens et demander l'aman.
La colonne, à laquelle s'étaient joints des auxiliaires soussou, qui ne furent pas sans dépasser la mesure dans cette lutte contre les Foula, leurs ennemis, continua sa marche à travers le Fouta. Elle montra partout la force de l'autorité et ramena le calme.
Le Fouta n'avait pas bougé. Rien ne vint révéler la prétendue entente islamique. Bien au contraire, les almamys fils d'almamys, tant Alfaya que Soriya, Modi Sori, Sori Daara, Modi Bakar, entrèrent immédiatement en campagne avec leurs hommes, surveillèrent les routes de Sierra-Leone, et arrêtèrent les fuyards. C'était leur revanche des intrigues du marabout, dont l'influence depuis un quart de siècle tendait à se substituer à la leur. C'était leur vengeance, servie froide il est vrai, mais par les soins des Français eux-mêmes.
Le Ouali, escorté d'une centaine de Foula et de quelques femmes, suivit la Kolenté (Grande Scarcie), franchit la frontière de Sierra-Leone un peu au-dessus du poste de douane français de Bayan-Bayan et arriva au village de Gorekouré, où un garde-frontière anglais l'invita à déposer les armes et à s'installer à Namina Laya. A la demande de l'autorité française, il fut arrêté à Kalimia, par le District Commissioner W. B Stanley, extradé sous l'inculpation d'assassinat de deux officiers français. Condamné à mort le 23 septembre 1911 par la Cour d'Assises de Conakry, il ne put être exécuté. Épuisé en effet par son grand âge et par les fatigues et émotions endurées, il déclina rapidement et mourut le 5 avril 1912.
Beaucoup de fugitifs de Goumba s'étaient répandus, après l'événement du 30 mars, dans les montagnes du Fouta et surtout dans les provinces soussou du Baring et de la Téné. Ils y restèrent longtemps cachés. Plus d'un an après, on en appréhendait encore.
Un certain nombre d'entre eux réfugiés en Guinée anglaise, dans le parage de Sahoniya, s'organisèrent en petites bandes d'outlaw, et mirent la province du bas Tamisso en coupe réglée, volant les bœufs, pillant les cases. Ce ne fut pas sans peine que les chefs indigènes soussou purent en venir à bout.
Les captifs libérés, au nombre de 1.500, furent constitués en villages de liberté hors du Goumba. Ils subsistent encore. Un dans le haut Tamisso, et deux autres à Kindia.
L'irréductibilité du Ouali était-elle à ce point violente qu'aucune solution pacifique ne pût prévaloir? La chose est peu croyable. Il semble que jusqu'aux derniers mois on s'est fait illusion sur ses véritables sentiments et qu'on a pris pour des symptômes de révolte ce qui n'était que des marques de défiance et de crainte de sa part.
Et dans les derniers mois même, quand il n'est plus possible de douter qu'il a abandonné, avec ou sans motifs, ses sympathies françaises, qu'offrait-il à Alfa Yaya ? Est-ce l'appui de son influence religieuse pour la proclamation de la guerre sainte et la lutte déclarée contre la France ? N'est-ce pas plutôt, s'il est permis de faire crédit à ces deux personnages intelligents, expérimentés et qui nous connaissaient bien, son appui moral et ses ressources pécuniaires pour lier leur sort menacé, créer de l'agitation mi-politique, mi-religieuse dans les montagnes du Fouta, impressionner ainsi les Français, et les amener à composer. Le commandement de l'un sur le plateau du Labé, comme la Zaouïa de l'autre dans le Goumba eussent été reconnus officiellement et par traité, suivant la tradition franco-foula, et la vie pouvait recommencer à l'amiable.
Cette assertion n'est pas une pure fantaisie. Jusqu'à la veille du conflit, les relations du Ouali comme son attitude ont toujours témoigné de ses désirs de revenir à ses premières amours
Il a donné l'hospitalité pendant plusieurs jours et à plusieurs reprises à la famille de l'administrateur de Kindia. Ce qui démontre que sur place on ne le considérait pas comme bien dangereux; des commerçants européens ont passé par la misiide jusqu'au dernier jour et en ont rapporté qu'il était beaucoup plus affable que fanatisé. Un Père de la mission catholique de Kindia a été reçu plusieurs fois à la misiide, y a été l'objet de démonstrations d'amitié très chaleureuses, y a eu des controverses théologiques mi-sérieuses, mi-badines avec le Ouali, et en a conservé un souvenir charmant, avec le regret que le « pontife » musulman ait eu une pareille fin. Enfin, l'administrateur de Kindia a présidé lui-même le dernier grand salam de l'Aïd al-Kabir, à Goumba. Ce milieu religieux si fermé l'a accueilli avec sympathie, encore que ces démonstrations, plus ou moins déplacées, ne lui aient certainement pas fait plaisir. Il a écouté les discours islamophiles qu'on lui faisait entendre, et admis ce fonctionnaire sans aucune réserve, à suivre les péripéties de la grande fête musulmane. Nombreux sont en résumé les faits de toute nature qui permettent de croire que rien n'était compromis définitivement, même au début de 1911, et que ce vieillard de quatre-vingts ans ne souhaitait au fond que sa tranquillité.
A cette situation troublée du Goumba il ne fallait qu'un homme, sorti du côté français évidemment, pour dissiper les nuages et rétablir l'harmonie. L'Islam foula, même sous sa forme Chadelia, n'a rien d'irréductible. Acculé dans sa misiide même et en la présence de ses talibés fanatisés, sachant pertinemment que tout espoir était perdu et que les protestations d'amitié que les deux officiers français lui faisaient étaient sans valeur, il a attendu que l'ordre de l'arrêter fut donné par eux, et cet ordre était le signal de la révolte ouverte. Sous la réserve de ces explications, on peut admettre les conclusions tant du Procureur de la République, de Conakry, que de l'autorité administrative de la Guinée, à savoir que les officiers « ayant pénétré dans la misiide et ayant fait part de leur mission et de leurs intentions pacifiques, furent traîtreusement assaillis et frappés sans aucune provocation de leur part, et sans même qu'ils fussent en défense. »
L'arrestation du Ouali, même aggravée de celle de Karamoko Sankoun à Touba, et les tragiques événements de la misiide de Goumba, n'eurent aucune répercussion dans l'élément foula.

4. La dispersion.

La misiide de Goumba n'existe plus, et l'important village n'a pas été reconstitué. La collectivité de Goumba-Foula n'a eu qu'une existence éphémère.
La province est redevenue le Goumba-Soussou de jadis. Les talibés et clients du marabout ont regagné leurs vallées du Fouta ou sont allés chercher fortune dans l'entourage d'autres Karamoko.
Les complices et les autres talibés du Ouali, compromis plus ou moins dans ces assassinats du 30 mars, furent activement recherchés et sévèrement punis.
L'instruction judiciaire amena les condamnations de plusieurs d'entre eux en Cour d'Assises. Outre le Ouali, son neveu Alimou fut condamné comme complice à la peine de mort. Il fut arrêté par les autorités anglaises de Sierra-Leone, extradé, et exécuté à Conakry en 1911.
Dioubaïrou, un des principaux agents du marabout, fut exécuté à Kindia, le 7 mai 1911.
Les faits relevés contre les autres talibés ne furent pas jugés assez précis ou furent connus trop tard pour motiver leur comparution en Cour d'Assises. Les sanctions furent dès lors infligées par la justice indigène ou par l'autorité disciplinaire administrative
Les uns furent traduits devant le tribunal de cercle de Kindia, qui les condamna pour faits de pillage.
D'autres furent mis en résidence obligatoire dans les cercles de Kouroussa et de Siguiri.
D'autres enfin, dont ci-après est donnée la liste, furent condamnés à une peine d'internement à Port-Étienne « pour troubles politiques et manœuvres susceptibles de troubler la sécurité publique ».
Ils y furent transportés en deux groupes: Le premier groupe, l'objet de l'arrêté du Gouverneur Général en date du 21 juin 1911, comprenait:

Les nommés

objet du même arrêté, atteints de béribéri, virent leur départ ajourné et moururent peu après.
A ce groupe étaient joint les marabouts Diakanké de Touba:

Le deuxième groupe comprenait:

Tierno Atigou, Foula, était secrétaire du tribunal indigène de Kindia, et traducteur d'arabe au poste et à ce titre était au courant de la vie administrative du cercle. Il profita de sa situation pour rendre toutes sortes de services au Ouali, dont il était un disciple fervent. Il était à sa disposition pour fausser au besoin les décisions de justice qui intéressaient le groupement de Goumba. Il servait en outre son maître religieux comme espion et agent politique. C'est par lui que passaient l'argent et les cadeaux destinés à corrompre le personnel indigène du poste. Il fournissait à Tierno Aliou les renseignements qu'il recueillait à Kindia, et le marabout fut informé par ses soins des soupçons qui pesaient sur lui et des mesures qui le menaçaient. Tierno Atigou a été interné à Port-Étienne pour une période de dix années.
Les onze suivants sont des personnages de l'entourage immédiat du Ouali, noyau de talibés d'origines foula les plus diverses et n'ayant d'autres liens que l'attachement à leur maître. lIs habitaient la misiide et les villages environnants. Ils assistaient Tierno Aliou, le 30 mars.
Alfa Ahmadou Baillo, né à Foyé (Pita) vers 1865, était un ancien chef du groupe des Foula du Baring, était très populaire. Son arrestation par les Soussou au village de Bilidé provoqua des représailles de la part de ses partisans, qui brûlèrent le village et tuèrent un notable. Ils se sont vus infliger des peines d'internement de dix ans, cinq ans et trois ans. Quelques-uns, comme :

sont morts soit pendant l'instruction, soit à Port-Etienne.
Abdoul Goudoussi comptait parmi les fidèles du Ouali, qui l'accompagnèrent en Guinée anglaise, puis qui, après l'arrestation d'Alfa Alimou, revinrent en Guinée Française et se cachèrent dans la province de la Téné. Aussitôt arrêté, il fut convaincu d'avoir pris une part active à l'affaire du 30 mars et condamné à dix ans d'internement.
Les cinq derniers sont des Foula de Ditin qui propageaient dans la région du Fouta central les doctrines et, sur la fin, les excitations dangereuses de leur maître spirituel.

La famille du Ouali est aujourd'hui fort réduite. Il n'avait d'ailleurs que trois fils:

Alfa Oumarou était mort avant l'affaire de 1911. Il a laissé plusieurs fils: Alimoun Diaye qui était, en dernier lieu, chef de la misiide et qui est mort au moment où il allait être déporté.
Amadou Tidia, né vers 1900 et aujourd'hui domicilié dans le cercle de Kindia. Misbahou, décédé vers 1909, n'avait laissé qu'un garçon: Mamadou Aliou, qui habite le cercle de Kindia.
Taïfourou Diaye, seul fils du Ouali, qui fût en vie en 1911, prit une part active aux événements de la misiide. Il a été condamné par la Cour d'Assises de Conakry à dix ans de travaux forcés et vingt ans d'interdiction de séjour. Il était très lié avec Tierno Atigou qui s'entremit, à maintes reprises, pour le tirer d'embarras. C'était un parfait débauché, et le Ouali, son père, se plaignait de sa conduite dans des lettres privées à Tierno Atigou. Il disait notamment que Taïfourou profitait de ce que tous les hommes étaient réunis à la mosquée pour la prière pour courir les cases et commettre l'adultère ».
Deux des filles du Ouali ont laissé des enfants actuellement connus:

Les talibés du Ouali n'étaient pas tous réunis à la misiide. Un certain nombre d'entre eux, personnages d'importance, étaient répandus dans les provinces voisines, et à vrai dire, c'était son influence qui était prépondérante dans la région de Télimélé.
Les tragiques événements de 1911 firent rentrer dans l'ombre ces fidèles craintifs. Beaucoup voyant que c'étaient les pratiques spéciales au Chadelisme: diarore, vœux de solitude, etc., qui inquiétaient les Français, passèrent, en apparence au moins, au Qaderisme. C'est pourquoi l'on trouve aujourd'hui dans la région de Télimélé de nombreux petits groupements qadria...
Les principaux sont:

III
Le Ouali de Diawia (Labé).

1. La personnalité.Tierno Mamadou Chérifou, dit le Ouali de Diawia

Il est né à Diawia même, vers 1836.
Diawia, corruption indigène du mot arabe « zaouïa », fut créé par Tierno Ismaïla, grand-père du Ouali, au début du dix-neuvième siècle.
Ce Tierno Ismaila est le seul sur qui les gens de Diawia possèdent quelques renseignements à peu près sûrs. Il était de la tribu Yirlabhe et de la famille Oussounuyanke et venait de Bouroudji, peuplé d'ailleurs des descendants d'Oussin. L'arbre généalogique de cette famille, rattache évidemment ces foula à l'ancêtre légendaire de la race: Oqbata ben Yassir. Oussin était fils de Moussa Kollé, fils de Mawnde, qui était un compagnon d'llo, chef d'une horde peule venue du Soudan. Mawnde s'établit à Touba avec son chef. Par la suite, lors de la guerre sainte, ses fils se séparèrent. Oussin s'établit à Bouroudji et l'on y montre son tombeau. Ses descendants, les Oussiniyabhe, ont peuplé le district et se sont répandus dans le Labé, à Sannou, Tarambali dans le Timbo; à Kanko Diguilin; à Niékema du Kolladhe; dans le Timbi-Touni (Pita), à Timbi-Kadié.
Tierno Ismaila eut plusieurs enfants. Ce fut Algassimou, né vers 1780, qui prit la direction du groupement paternel et le porta à ce haut degré de prospérité religieuse où on le voit aujourd'hui. Algassimou a attiré à son Chadelisme beaucoup de personnalités foula qui, par la suite, sont passées au Tidianisme Omari, devenu à la mode. C'est en son honneur qu'Alfa Gassimou, chef du Labé, reçut ce nom. C'était un lettré qui a composé divers ouvrages de piété. Le plus connu est le Madah al Ouara, qui a trait à la mystique Chadelia et qu'on traduit et commente aujourd'hui dans les cours de la Zaouïa. Il mourut vers 1800 et eut pour successeur son fils aîné, Karamoko Ibrahima, et à la mort de celui ci, son deuxième fils, Mamadou Chérifou, le Tierno actuel. Celui-ci avait fait ses études auprès de son père, puis de son frère aîné. C'est de ce dernier qu'il reçut l'affiliation Chadelia.
Tierno Mamadou Chérifou a mené, suivant les principes de sa règle, une vie de piété, d'étude et d'isolement. Ses relations avec Alfa Yaya furent très bonnes, mais très distantes, et c'est certainement grâce à cette froideur que le marabout a pu éviter d'être compromis dans la chute du chef de Labé.
C'est aujourd'hui un patriarche à barbe blanche, paraissant assez craintif par suite des bouleversements survenus sur ses vieux jours dans le Fouta, et surtout par suite des catastrophes qui se sont abattues sur ses frères des groupements Sadialiya.
Il vit de plus en plus retiré, ne se présente aux Blancs que sur un ordre formel, et a passé dès maintenant la direction matérielle et même spirituelle, au moins en partie, à ses deux fils, Sidi Dian et Hassimiou. Il garde néanmoins toute l'autorité morale et on ne fait rien sans le consulter. Il jouit d'un prestige considérable, non seulement dans la province, mais dans tout le Labé et même dans l'ensemble du Fouta.
Ses relations avec l'autorité française sont ce qu'étaient ses relations avec les chefs du Labé: réduites à leur strict minimum. Il y a mis plus ou moins de cordialité, suivant que les administrateurs de Labé ont eu pour lui plus ou moins d'égards, mais on n'y a jamais vu beaucoup d'expansion.
Il importe de comprendre que cette réserve, cette froideur même vis-à-vis de l'autorité quelle qu'elle soit, est ici un caractère des groupements Sadialiyanke, qu'elle n'est pas du tout le produit du fanatisme islamique contre les Blancs. On écartera ainsi tout sentiment de défiance injustifié envers cette Zaouia, et toute politique hostile contre une confrérie inoffensive.

2. La famille.

Tierno Mamadou Chérifou est environné d'une nombreuse famille. Il a d'innombrables neveux à tous les degrés. Il fit élever et instruire les petits-fils de son frère aîné et maître, Ibrahima, les fils de celui-ci étant en effet morts dans la fleur de l'âge.
Il a lui-même sept fils et une dizaine de filles. Ses filles ne méritent pas de mention particulière, sauf Fatimatou Diallo, qui est mariée au chef du canton de Bouroudji.
Ses fils sont, outre :

Les deux premiers seuls méritent de retenir l'attention.

3. La Zaouïa.

Sise dans la province de Ouasséguélé, la Zaouïa est placée sur l'éperon d'un contrefort qui domine toute la région et, d'où l'on découvre à l'ouest les plaines du Manda et à l'est, Lafou. La vue y suit les méandres de la vallée de la Ouasséguélé, affluent du Rio Grande (Komba).
Cette situation excentrique est tout à fait propice à l'isolement que recherchent les Sadialiya.
Depuis une dizaine d'années, la misiide s'était peuplée d'un flot d'immigrants attirés par la politique des marabouts. Tierno Chérifou avait fait épouser une de ses fille à Modi Aliou, chef de la province, et dominait complètement cet esprit faible et l'avait incité à abandonner son village de Lafou pour s'installer à la Zaouïa. Derrière leur chef, la plupart des habitants de Lafou émigrèrent, et plusieurs des villages environnants: Donhel, Déna, suivirent cet exemple. La population de Diawia doubla en peu de temps, et le territoire de la misiide se couvrit de roundé et marga de cultures.
Par le fait de cette émigration, une zone de plus en plus déserte se formait au large de la Zaouïa.
Le Ouali résolut alors de créer une nouvelle misiide. Il choisit Donghol-Diadia dans une région très montagneuse et absolument désertique à l'ouest de la route Labé-Touba, à hauteur de Diountou, entre le Kouloumou et le Kororo, affluents de la Ouasséguélé.
La sainteté de ce nouveau lieu et les séances de diarore qu'on y pratiquait attirèrent un grand nombre des habitants des villages voisins, mais éveillèrent l'attention du commandant du cercle. Il manda le Ouali à Labé, le mit sous bonne garde au camp des miliciens, puis se rendit à Donghol-Diadia, où il fit procéder le 11 avril 1914 à la destruction de la misiide, à la ruine de la mosquée dont les matériaux furent consumés sur place et à la dispersion des habitants. Chacun dut regagner soit son village, soit Diawia. Rentré sans incident à Labé, l'administrateur fit mettre Mamadou Chérifou en liberté. Il est heureux pour les derniers Sadialia que cette exécution rapide et quelque peu brutale et injustifiée n'ait amené aucune résistance. C'eût été leur fin dans le Fouta.
La Zaouïa, jadis très florissante sous Algassimou et Mamadou Chérif, a subi quelque déclin avec la vieillesse de ce dernier. Les événements de Ndama et de Goumba et ceux tous récents et personnels de Donhol-Diadia n'étaient pas faits d'ailleurs pour rehausser le prestige des Sadialia. Elle paraît se relever de nos jours par l'éclat de l'enseignement des dirigeants actuels.
Les principaux professeurs sont outre

Ces divers maîtres tiennent chacun une petite école coranique et en outre enseignent à 3 ou 4 élèves les principes de deux ou trois sciences islamiques.
Les enfants des écoles coraniques sont au nombre de deux cents environ. Une quinzaine de jeunes gens, tous Foula, âgés de 16 à 25 ans, ayant fini le Coran, poussent plus avant leur instruction supérieure.
Cet enseignement supérieur porte sur :

A signaler un cours de théologie (d'après l'ouvrage en poul-poulle ou fulfulde d'Ousmanou Fodé); et le cours des mystiques d'après l'ouvrage Madah al-Ouara de l'ancêtre du Ouali.
La bibliothèque, réduire à une centaine d'ouvrages, n'est pas entretenue. La liste des ouvrages est donnée en annexe.
La mosquée, du style foula, est très spacieuse. Sous une vaste coupole, une douzaine de volants en chaume s'étagent jusqu'au sol. Deux petites mosquées accolées et sises dans l'enceinte sont utilisées pour les diarooje.
Le groupement Sadialiyanke de Diawia se rattache, comme ceux du Fouta-Diallon, à la propagande d'Ali Soufi, propagateur de cet wird en pays foula. Le marabout laissa comme disciple dans le Bouroudji Tierno Ismaila, grand-père du Ouali et fondateur de la Zaouia. Au delà d'Ali Soufi la chaîne se continue par Ali Soufi, de Fez, suivant les renseignements donnés en tête du chapitre et en annexe.
Les litanies (dikr) du groupement de Diawia ne diffèrent pas sensiblement du dikr classique des Chadelia. Hachimi les a transcrites, telles qu'on les y récite officiellement.
Les diarooje de Diawia sont très suivies par les Sadialiya de la région. Étant les seules autorisées dans le Fouta, elles y attirent le vendredi la plupart des fidèles des villages environnants. Il y a même des sectateurs des cercles voisins qui viennent passer quelques jours à la Zaouia pour y participer aux dévotions communes.

4. L'influence.

Restée la seule des Zaouia des Sadialiyanke du Fouta, Diawia a acquis, par le fait même, une grande notoriété parmi les fidèles de cette Voie. Tous se sont plus ou moins rattachés à ce groupement qui restait indemne, à l'abri des catastrophes qui s'abattaient sur Ndama et Goumba. Aussi son influence rayonne-t-elle peu ou prou, mais la plupart du temps par voie d'affiliation directe, sur les groupements foula du même ordre.
Dans la province même, sur le territoire de Baréma Missira, les deux villages de Tinsiri et Dondé sont peuplés des captifs de la Zaouïa. Les champs des alentours lui appartiennent. Le district de Boroudji tout entier, sur le territoire duquel se trouve Diawia, en subit plus ou moins l'influence, dans ses hameaux de Sentou, Pellel-Koma, Banlipandié, Sodioré, Dena, et dans les six foulasso de Lafou.
Modi Gassimou et Ibrahima Sori méritent une mention particulière. Modi Gassimou est le chef du district de Bouroudji et, par sa femme Fatimatou Diallo, le gendre de Mamadou Chérif. Il est né vers 1860, fut nommé chef de Bouroudji par Alfa Yaya et maintenu par les Français. Il a de nombreux serviteurs dans ses roundé. Deux de ses fils et deux de ses neveux ont suivi quelque temps l'école française.

Tierno Ibrahima Sori, de Sentou, né vers 1850, à Yambérin, est l'élève de Modi Abdoul Karim, de Sentou, et le disciple du Ouali. Il dirige une école coranique florissante, jouit d'une certaine considération à Sentou, Labédépéré et Tenkéta.
Toujours dans la province de la Ouasséguélé, le village de Niagantou est inféodé au Chadelisme de Diamia. Il est peuplé par les deux familles Balbalbhe (Ourourbhe) et Oussinayabhe (Yirlabhe). Ses habitants sont en perpétuelle visite chez le marabout, et ne manquent aucune de ses diarooje. Niagantou a conservé son nom fétichiste d'origine Diallonké et qui signifie exactement lucus (bois sacré). Tierno Ibrahima, Balbalo, né vers 1850, en est le chef spirituel, aidé par son fils aîné Algassimou, né vers 1881. Il est le Karamoko le plus en vue de Niagantou et de Diountou, préside aux diarooje de son village, et a formé plusieurs des maîtres réputés de Niagantou:

Il a une bonne instruction islamique. C'est un caractère très renfermé.

Dans les autres provinces du Labé, les chefs des principaux groupements Sadialiya, d'ailleurs de faible importance sont:

Il compte aussi quelques talibés à Heriko. Ce sont d'anciens élèves de son école, aujourd'hui réduite à une demi-douzaine d'élèves.
Dans le Misiide Hinde, à Kansa, Tierno Amadou Kansa, fils de Modi Tahirou, né vers 1875, Seleyanke, président des diarooje de son village, caractère renfermé, spécialiste des retraites pieuses, prophète mystique. Il est très considéré dans les districts de Karantagui et de Bouroudji. Ses principaux talibés sont:

Il a succédé dans ses fonctions à son père Tierno Tahirou, décédé vers 1900.

Dans la Haute-Kassa, à Diountou, Karamoko Mamadou Diourlirde, né vers 1835, de la famille Dibayanke-Pateyanke (Dialloubhe). C'est un marabout influent par sa piété, sa richesse et sa nombreuse famille Il est très écouté par le chef de province Alfa Bakar.

Il préside les diarooje des Sadialiya de Diountou et partage avec Modi Moussa les fonctions d'imam de la mosquée du village. C'est lui qui a restauré à Diountou vers 1888, avec la permission de son maître de Diawia, les diarooje tombées alors en désuétude. C'est un lettré intelligent et un caractère assez ouvert.
Son frère Tierno Ousmane Ndantari, né vers 1838, domicilié au foulasso Ndantari, fait quelque peu le cadi du village. Il compte une dizaine de talibés à Diountou, et fait l'école coranique à une douzaine d'élèves.
Dans la même province, à Siradji, Tierno Abdoulaye Djibrila, né vers 1855, de la famille Nyoguyanke (Dialloubhe), élève de Afodo Mamadou Dian, de Diountou, et disciple de Diawa. Il passe, même auprès des Karamoko du district et du chef de province, pour un marchand d'amulettes et un fabricant de gri-gris peu orthodoxes. Il a une bibliothèque variée, où les livres islamiques voisinent avec les Évangiles et les dictionnaires arabes. Calligraphe et copiste de livres, il se déplace souvent pour écouler ses produits, et faire le marabout-devin-sorcier.
Dans la Kassa-Salla, à Diori, Tierno Malik, Moguyanké né vers 1846, assez influent dans son canton. Conseiller de l'ex-chef de village, il a été puni disciplinairement de 15 jours de prison, le 1er novembre 1912 pour avoir pratiqué, de concert avec ce chef Tierno Ibrahima, des maraboutages, inoffensifs d'ailleurs, sur les administrateurs.
Dans le Simpetin, à Simpetin même, Karamoko Alfa Girlaadio né vers 1867, secrétaire et conseiller du chef de province. Il a quelques talibés et élèves à Simpetin. Il relève des marabouts de Kansa, et par eux de Diawia.

On relève encore quelques familles inféodées à la Zaouïa de Mamadou Chérif à

Dans le Koin, de Tougué, à Parawi, misiide de Broual :

A Sangouya

Dans le Mali, les Sadialiya de Diawia ont eu avec Tierno Aliou Kélén, de Misiide Yambérin, un groupement des plus florissants. Ce dernier est mort en 1890, laissant de nombreux talibés dont son fils et disciple Tierno Nasirou est le chef spirituel.

Les principaux sectateurs de cette voie y sont à l'heure actuelle:

A Kelen même, Alfa Gassimou, maître réputé dans tout le Yambérin et qui est mort en 1912. Il a laissé une trentaine de talibés.
A Samantou, Tierno Mamadou Alimou, mort il y a déjà quelques années, qui fut aussi un maître de renom, dont l'enseignement attira à lui pendant plusieurs années des élèves de tout le Mali. Il a laissé une vingtaine de talibés Sadialiyanke à Samantou et dans les marga environnantes. Les plus importants, Karamoko et notables de Samantou et des marga environnantes, sont:

Ils constituent une petite élite intellectuelle, qui ne fait pas toujours preuve du meilleur esprit vis-à-vis des chefs administratifs.
Alfa Mamadou Diouhé et Tierno Souleymana sont les Karamoko en vue de Fougou et y président les diarooje.

En dehors du Labé, les principales colonies Sadialiyanke, numériquement peu importantes, se trouvent dans le cercle de Pita. On en signale à Timbi-Niali, Timbi, Kadié, Dompo, ainsi qu'à Bouma, dans le Maci. Les plus importantes paraissent être celles de :

Ces deux marabouts se rattachent au père du Ouali par Tierno Tahirou de Sempeten (Labé).


Notes
1. Tierno Tidiani, Foula originaire de Kébali, a un frère actuellement sergent dans une compagnie de Tirailleurs Sénégalais au Maroc.